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Claude Cowork et avocats : que devient le secret professionnel ?

Claude Cowork lit et modifie les fichiers des dossiers que vous lui ouvrez, et depuis octobre 2026 son travail s'exécute sur les serveurs d'Anthropic, y compris pour les fichiers locaux. Une offre Team ou Enterprise exclut l'entraînement et apporte un accord de traitement, mais ne fait pas d'Anthropic un confident du client. Pour un dossier couvert par le secret, donnez à Cowork un dossier miroir pseudonymisé sur votre poste, puis remettez les vrais noms dans son travail, toujours sur le poste.

Publié le · 12 min de lecture

Qu'est-ce que Claude Cowork ?

Claude Cowork est la fonction agentique de Claude, l'assistant d'Anthropic. Il reprend l'architecture de Claude Code, l'outil des développeurs, sans terminal : on décrit un résultat (une note, un tableau, un classement de pièces), Claude établit un plan, découpe le travail, exécute du code si besoin et dépose des fichiers finis, documents, tableurs ou présentations. D'après la documentation d'Anthropic consultée le 19 octobre 2026 :

Avec l'interface unifiée, une simple conversation peut devenir une tâche qui lit vos dossiers : la règle du cabinet doit viser Claude dans son ensemble, pas un « mode Cowork ».

Que fait Cowork des fichiers d'un dossier qu'on lui ouvre ?

La réponse a changé le 6 octobre 2026. Avant cette date, sur Pro et Max, une tâche pouvait tourner « uniquement sur votre ordinateur ». Anthropic a supprimé cette option : les nouvelles tâches Cowork des offres Pro et Max s'exécutent dans le cloud, et il n'est plus possible de revenir en arrière. Les tâches commencées sur l'ordinateur avant le 6 octobre y restent jusqu'à leur fin. Sur Team, l'exécution dans le cloud (en bêta) est activée par défaut ; sur Enterprise, elle est désactivée par défaut et le propriétaire de l'organisation choisit de l'ouvrir.

Dans une session cloud, la boucle de l'agent et l'exécution du code tournent dans un bac à sable isolé et temporaire, sur l'infrastructure d'Anthropic. Quand la tâche a besoin d'un fichier local, la demande passe par l'application Claude Desktop, uniquement pour les dossiers connectés. Anthropic en tire lui-même la conséquence dans sa présentation de l'architecture : le travail de l'agent, « y compris les fichiers locaux qu'il ouvre », est traité sur les serveurs d'Anthropic « plutôt que de rester sur l'appareil ». Concrètement, quand une tâche a besoin d'un fichier, Claude en récupère une copie dans le cloud ; les copies sont supprimées avec la session.

Ce que Cowork peut atteindreConditionCe que cela implique pour un dossier
Dossiers locaux connectésClaude Desktop ouvert ; seulement les dossiers connectésChaque pièce lue est copiée et traitée sur les serveurs d'Anthropic. Claude peut aussi écrire, renommer et, avec votre autorisation explicite, supprimer.
Connecteurs (messagerie, Drive, Microsoft 365…)Connecteurs activés sur le compte ; les appels sont faits côté serveurLa tâche peut aller chercher des e-mails ou des documents du client au-delà du dossier que vous pensiez lui confier.
Navigateur intégré ou Claude in ChromeSelon l'offre et les réglagesAnthropic déconseille fortement de l'utiliser pour des informations sensibles, dont les données personnelles d'autrui.
Utilisation de l'ordinateur (bêta, Pro et Max)Autorisation application par applicationClaude prend des captures d'écran ; il n'y a pas de bac à sable entre lui et ce qui s'affiche.
Tâches planifiéesExécution dans le cloud, sans surveillanceAnthropic recommande de ne pas planifier de tâches qui accèdent à des fichiers sensibles.

En session locale (tâches antérieures au 6 octobre, déploiements Team et Enterprise sans cloud), la boucle de l'agent tourne sur le poste et le code dans une machine virtuelle isolée. Mais Cowork exige une connexion internet pendant toute la session, et rien dans la documentation n'indique que le modèle tourne sur l'ordinateur : partez du principe que ce que Claude lit part chez Anthropic. Sur Team et Enterprise, l'historique de ces sessions reste sur les postes, et les administrateurs ne peuvent pas le supprimer de façon centralisée.

Anthropic donne lui-même trois conseils qui recoupent la déontologie : ne pas ouvrir à Claude de fichiers contenant des informations sensibles, créer un dossier de travail dédié plutôt que d'accorder un accès large, et surveiller les injections de requêtes, ces instructions malveillantes cachées dans un document ou une page que l'agent lit. Le risque d'attaque, écrit l'éditeur, reste « non nul ».

Entraînement et conservation : qu'est-ce qui change selon l'offre ?

Anthropic distingue ses offres grand public (Free, Pro, Max) de ses offres commerciales (Team, Enterprise, API). Cowork n'existe pas sur l'offre gratuite. Relevé le 19 octobre 2026 sur le centre de confidentialité d'Anthropic :

OffreEntraînement des modèlesConservationAccord de traitement (DPA)
Pro, MaxOui si vous autorisez l'usage de vos conversations (réglage « Help improve our AI models », Paramètres › Confidentialité) ; aussi en cas de signalement par les systèmes de sécurité ou de retour par pouce levé ou baisséTâche supprimée : retirée de l'historique tout de suite, effacée des serveurs sous 30 jours. Entraînement autorisé : jusqu'à 5 ans sous forme désidentifiéeNon : le DPA d'Anthropic accompagne les conditions commerciales
TeamNon, sauf participation au Development Partner Program ou retour explicite (pouce levé ou baissé)Conversations conservées dans le produit ; supprimées, effacées sous 30 joursOui, intégré aux conditions commerciales ; le cabinet est responsable du traitement, Anthropic sous-traitant
EnterpriseNon, mêmes exceptions que TeamDurée personnalisable par l'organisation, 30 jours minimum ; conservation indéfinie par défautOui, comme Team

Quatre exceptions valent pour toutes les offres. Une conversation signalée comme contraire à la politique d'utilisation est conservée jusqu'à 2 ans. Un retour par pouce levé ou baissé fait conserver toute la conversation 5 ans. Anthropic peut conserver des données si la loi l'exige ou pour résoudre un litige. Enfin, la rétention zéro (ZDR) d'Anthropic ne couvre que l'API et Claude Code sur Enterprise : elle ne s'applique ni au chat ni à Cowork, et l'interface unifiée n'est pas proposée aux organisations en ZDR.

Retenez surtout ceci : désactiver l'entraînement protège contre la réutilisation, pas contre la transmission. Le fichier ouvert par Cowork a bien été copié et traité chez Anthropic.

Sur Team et Enterprise, un propriétaire peut désactiver les retours par pouce (réglage « Rate chats », Paramètres de l'organisation › Données et confidentialité) : c'est la seule porte ouverte à l'entraînement qui dépende d'un clic d'un collaborateur.

Où sont traitées et stockées les données de Cowork ?

Anthropic indique, pour ses offres commerciales, utiliser plusieurs fournisseurs cloud et pouvoir acheminer le trafic vers des pays d'Amérique, d'Europe, d'Asie et d'Australie, tout en précisant que « les données sont stockées aux États-Unis ». Aucune résidence des données dans l'Union européenne n'est annoncée pour Claude Team ou Enterprise à la date de vérification. Le centre de confidentialité ne publie pas d'information équivalente pour les offres grand public.

Pour le responsable informatique : selon Anthropic, les outils de détection des postes (EDR) ne voient ni l'intérieur de la machine virtuelle de Cowork ni les sessions cloud. Sur Enterprise, les sessions Cowork apparaissent en revanche dans la Compliance API, l'interface d'export destinée à la conformité.

Que disent le CNB et le barreau de Paris ?

Aucun des deux textes ne nomme Claude Cowork. Ils posent des règles qui s'appliquent pleinement à un agent qui lit des dossiers.

Le guide du Conseil national des barreaux, « La déontologie et l'intelligence artificielle » (1re édition, avril 2026), part de l'article 66-5 de la loi du 31 décembre 1971 et de l'article 2 du RIN. Il est sans ambiguïté : l'avocat doit veiller à « ne jamais communiquer des données relatives à ses dossiers ou à ses clients » à des IA génératives (p. 15). Il proscrit de joindre « tout fichier comportant tout ou partie d'un dossier » qui contient le nom du client ou des informations confidentielles : c'est exactement ce que fait Cowork sur un dossier connecté. Sa synthèse des bonnes pratiques demande de « pseudonymiser ou anonymiser systématiquement les données avant toute utilisation d'un outil d'IA générative » (p. 18). Sur la souveraineté, il exclut les entreprises soumises à des lois extraterritoriales, « comme les entreprises américaines en l'état actuel de leur législation », et ne retient que deux moyens d'éliminer le risque : la pseudonymisation ou l'anonymisation préalable, ou un modèle installé sur les systèmes du cabinet (p. 26). Le détail : le guide du CNB sur l'IA expliqué aux avocats.

Le barreau de Paris a adopté le 21 juillet 2026 un modèle de charte d'utilisation de l'IA, non contraignant, que chaque cabinet peut adapter. Il vise expressément l'IA « générative » et « agentique ». Trois passages concernent Cowork :

Le passage de Cowork au cloud le 6 octobre 2026 est précisément ce type d'évolution : un cabinet qui avait validé Cowork en exécution locale doit reprendre son analyse. Pour rédiger ou mettre à jour la règle interne : modèle de charte d'usage de l'IA pour un cabinet.

Une offre Team ou Enterprise suffit-elle à respecter le secret ?

Elle règle une partie du RGPD, pas le secret. Avec Team ou Enterprise, le cabinet est responsable du traitement et Anthropic sous-traitant : le DPA encadre ce que l'éditeur peut faire des données (article 28 du RGPD), et l'absence d'entraînement par défaut est un engagement contractuel. C'est nettement mieux qu'un compte Pro personnel.

Mais l'article 226-13 du Code pénal punit d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende « la révélation d'une information à caractère secret » par la personne qui en est dépositaire. Le CNB ajoute qu'un engagement de non-réutilisation n'est « en général ni prouvable ni vérifiable » (p. 26). Et la charte parisienne laisse au cabinet le soin de valider l'outil : c'est une décision qu'il devra justifier, pièce par pièce, si un client ou l'Ordre lui pose la question.

La voie la plus simple à défendre reste celle du CNB : ne pas envoyer le secret du tout. Cowork reçoit alors un dossier dans lequel aucune personne ni aucune société ne peut être reconnue. Pour l'analyse profession par profession : IA générative et secret professionnel.

Comment utiliser Cowork sur un dossier client : le dossier miroir

Le principe : Cowork ne voit jamais le dossier réel. Il travaille sur une copie pseudonymisée, préparée et relue sur votre ordinateur, dans laquelle chaque personne et chaque organisation est remplacée par une étiquette stable, comme [PERSONNE_1] ou [ORGANISATION_2]. La table de correspondance reste chiffrée sur le poste. Les étapes :

  1. Ouvrez le dossier dans AnonymFiles. L'application parcourt tout le dossier, sous-dossiers compris : PDF texte ou scannés, Word, e-mails .eml et .msg, tableurs, présentations, images. Noms, organisations, adresses, e-mails, téléphones, IBAN sont détectés ; une même personne reçoit la même étiquette dans toutes les pièces.
  2. Relisez côte à côte. Chaque pièce se valide à côté de l'original avant tout export. Cherchez les identifiants indirects : un montant, une date, une référence de dossier, un nom de projet. Les montants se masquent à la main ; dans un tableur, au choix.
  3. Exportez « pour une IA » dans un nouveau dossier. L'export garde la hiérarchie des sous-dossiers, donne aux fichiers des noms neutres et ajoute un index des pièces ainsi qu'une consigne (AGENTS.md) qui demande à l'IA de conserver les étiquettes telles quelles.
  4. Connectez ce seul dossier à Cowork. Pas le dossier client, pas votre dossier « Documents ». C'est le « dossier de travail dédié » que recommande Anthropic, et il ne contient plus rien de secret.
  5. Confiez la tâche. Demandez un livrable : chronologie des faits, tableau des pièces, projet de note, comparaison de versions. Claude manipule les étiquettes comme des noms.
  6. Réinjectez sur le poste. Récupérez le fichier produit par Cowork et faites remettre les vrais noms par AnonymFiles, en texte, en Word ou en PDF. La table de correspondance ne quitte jamais l'ordinateur.
  7. Vérifiez, puis supprimez la tâche. Contrôlez dates, chiffres, raisonnement et jurisprudence citée. Supprimez ensuite la tâche dans Cowork : Anthropic l'efface de ses serveurs sous 30 jours.

Ce que la méthode ne règle pas : un dossier peut rester reconnaissable par son seul contexte (une affaire médiatisée, un secteur très étroit). La relecture sert à cela, et la vérification humaine du travail de Claude reste due. Pour la technique pas à pas : pseudonymiser un document pour l'IA, puis remettre les vrais noms et comment fonctionne AnonymFiles.

Côté réseau, AnonymFiles fonctionne sans compte et sans télémétrie, et n'appelle aucune IA : c'est vous qui déposez le dossier miroir dans Cowork. Voir ce que l'application fait et ne fait pas sur le réseau, et la page AnonymFiles pour les avocats.

Quels réglages vérifier avant d'ouvrir un dossier à Cowork ?

Même avec un dossier miroir, réduisez ce que l'agent peut lire et faire. Les réglages documentés par Anthropic :

RéglageOùRecommandation
Mode d'autorisationSélecteur de mode dans la zone de saisie« Manual » : Claude demande avant chaque action. Anthropic le conseille dès qu'une tâche touche des fichiers sensibles.
MémoireMenu « + », avant le premier messageDésactivée pour une tâche de dossier : elle ne peut plus être changée ensuite, et la mémoire est partagée avec le chat.
ConnecteursMenu « + » ou Personnaliser › ConnecteursAucun pour une tâche de dossier ; sur Team et Enterprise, laissez désactivé « Always allow » pour les outils qui écrivent.
Recherche web et navigateurParamètres de l'organisation › Capacités (Team, Enterprise)Coupés si la tâche n'en a pas besoin : une page web est la première source d'injection de requêtes.
EntraînementParamètres › Confidentialité (Pro, Max)« Help improve our AI models » désactivé, et pas de pouce levé ou baissé sur une tâche de dossier.
Exécution dans le cloudParamètres de l'organisation › Cowork (Team, Enterprise)Décision du cabinet, à documenter : elle conditionne ce qui est traité sur les serveurs d'Anthropic.
Durée de conservationParamètres de l'organisation › Données et confidentialité (Enterprise)Fixez une durée (30 jours minimum) plutôt que la conservation indéfinie par défaut.

Questions fréquentes

Claude Cowork envoie-t-il mes fichiers à Anthropic ?

Oui, ceux qu'il lit. Depuis le 6 octobre 2026, les nouvelles tâches Cowork des offres Pro et Max s'exécutent dans le cloud, et Anthropic indique que les fichiers locaux ouverts par une session cloud sont traités sur ses serveurs plutôt que de rester sur l'ordinateur. Claude récupère une copie de chaque fichier dont la tâche a besoin, uniquement dans les dossiers connectés.

Anthropic entraîne-t-il Claude sur les dossiers ouverts dans Cowork ?

Sur Pro et Max, cela dépend du réglage « Help improve our AI models » : s'il est activé, les conversations peuvent servir à l'entraînement et être conservées jusqu'à 5 ans sous forme désidentifiée. Sur Team et Enterprise, Anthropic n'entraîne pas ses modèles sur les données, sauf participation au Development Partner Program ou retour explicite par pouce levé ou baissé.

Combien de temps Anthropic conserve-t-il une tâche Cowork ?

Une tâche supprimée disparaît tout de suite de l'historique et est effacée des serveurs sous 30 jours. Sans suppression, elle reste dans le compte ; sur Enterprise, l'organisation peut fixer une durée de conservation de 30 jours minimum. Une conversation signalée comme contraire à la politique d'utilisation peut être conservée jusqu'à 2 ans.

Le CNB autorise-t-il les avocats à utiliser Claude Cowork ?

Le guide du CNB d'avril 2026 ne vise pas un outil en particulier. Il demande de ne jamais communiquer à une IA générative des données relatives aux dossiers ou aux clients, et de pseudonymiser ou anonymiser systématiquement les données avant toute utilisation. Cowork est donc utilisable sur un dossier pseudonymisé, pas sur le dossier réel.

Une offre Claude Team ou Enterprise protège-t-elle le secret professionnel ?

Elle apporte un accord de traitement des données et exclut l'entraînement par défaut, ce qui répond à une partie du RGPD. Elle ne fait pas d'Anthropic un confident du client : l'article 226-13 du Code pénal punit la révélation d'une information secrète, quel que soit le contrat avec le prestataire. Pseudonymiser avant l'envoi reste la mesure la plus sûre.